Umma

Il y a trois mois, je te disais au revoir dans cette pièce froide que tu détestais tant à la clinique, là où tu me suivais toujours avec beaucoup d’appréhension. Mais ce jour là, c’est moi qui t’ai suivi alors que tu étais dans les bras du vétérinaire. Tu étais là sans y être et mon cœur se brisait à chaque seconde… J’ai tellement redouté ce moment. Je pensais que je souffrirais, mais ce fut pire que tout.
Trois mois que je dois vivre sans toi, continuer à avancer malgré le vide que tu as laissé. Trois mois que j’essaie de reprendre le dessus sans y arriver. Trois mois que les derniers instants de ta vie me hantent jours et nuits. J’ai déversé des torrents de larmes devant mes proches, devant des connaissances et des inconnus. J’ai été entourée de beaucoup de bienveillance car tu es mon bébé, ma fille, mon univers et tout le monde le savait ou l’a vite compris. Désormais c’est à l’abri que je pleure ta disparition, à l’abri que je t’invoque chaque jour sur l’autel de mes défunts proches, à l’abri que je m’enivre de ton odeur encore présente sur ton lit…
Le 16 janvier 2004… je me souviens de toi, petite boule de poils doux comme de la ouate sur le siège passager de la voiture de mon ex. Nous ne nous sommes pas choisies comme ce fut la décision d’un autre, et pourtant il m’a suffit d’1/4 de seconde pour tomber amoureuse. J’ai toujours rêvé qu’un chowchow partagerait ma vie. Tant par son allure que par son caractère, tout me plaisait dans cette race. Et toi mon amour, tu fus au-delà de mes rêves. J’espère t’avoir comblée autant que tu m’as comblée.
Je ne suis pas sûre d’avoir été une mère à la hauteur dans les premiers instants de ta vie. Je n’ai pas réfléchi et j’ai agit instinctivement, probablement incorrectement parfois. Tu as subi des horreurs par mon manque de surveillance quand les gosses te jetaient des pierres dans le jardin, quand cet ex, qui t’avait pourtant choisi, a cassé un balai sur ton dos.
Et puis nous avons quitté ce foyer pour un logement d’urgence dans lequel nous avons toutes les deux eu de la peine pour différentes raisons. Tu restais toute la journée dans ce petit appartement sans pouvoir observer l’extérieur, avec tous ces bruits liés à la vétusté du bâtiment, les espaces verts étaient réduits autour de nous et moi qui pleurait beaucoup après le décès de mon papa. Malgré cela, je crois que nous avons trouvé nos marques ensemble à cette période. Nous avons exploré, joué, couru, voyagé… Nous nous sommes soutenues, câlinées… la fusion de nos âmes commençait. Tu étais le centre de ma vie.
J’ai ensuite choisi un logement méticuleusement en pensant à toi, pour qu’il puisse t’offrir tout ce que je ne n’avais pu t’offrir. Je revois ton visage, ton regard, cet épanouissement dans ce lieu. Il y a eu des bas forcément avec quelques soucis de santé, quand on a dû te retirer en urgence des tumeurs malignes, quand tu as vécu des infections cutanées, quand on a dû te retirer en urgence cette partie de toi qui te rendait femme. Mais je fus là pour toi quand, en chaleur, il m’a fallu te porter sur des centaines de mètres pour éconduire ton soupirant, je fus là pour toi au cœur du bloc opératoire pour que tu n’es pas peur, je fus là pour toi quand tes congénères avaient de mauvaises intentions…
Et nous avons déménagé une dernière fois pour vivre avec un autre homme et t’offrir la grande maison et le grand jardin que tu méritais tant. J’ai tellement de souvenirs heureux avec toi ici.
Je ne te quittais presque plus depuis un an. Je veillais sur toi en permanence, te comblais. Je m’interdisais de te refuser quoique ce soit. Je ne me suis pas ménagée et j’en ferais tout autant voir plus si cela était possible. Tu rythmais mes journées et mes nuits. Mon premier regard se posant sur toi le matin, puis le gros câlin avant de te sortir. Tu me suivais partout pendant la journée. Si j’avais le malheur de quitter une pièce alors que tu avais fermé les yeux, tu me cherchais avidement quelques instants ensuite dans chaque recoin. Tu savais d’un simple regard exprimer tes envies, tes humeurs. Je t’ai peut-être étouffée de baisers et câlins par centaine au quotidien, mais tu revenais les chercher quand je me fixais sur autre chose. Et puis tu avais ce rituel pour que je vienne me coucher avec toi le soir, rituel qui nous faisait tellement rire. Je cédais bien volontiers et j’ai adopté ton rythme de vie.
Les vrais problèmes ont commencé il y a quelques mois avec des troubles de l’alimentation et des réveils nocturnes. Ton besoin d’attention a grandi de plus en plus. Et ta santé s’est détériorée dramatiquement deux semaines avant ton départ… Je t’ai maternée comme jamais au point d’en avoir les symptômes..
J’ai toujours eu cette hantise de ton départ, j’ai toujours eu peur de ne pas être là pour toi quand il le faudrait, j’ai toujours eu peur de ne pas bien faire…
Aujourd’hui je ressens ta présence où que je sois, quoique je fasse. Mes pensées vers toi accompagnent chaque instant de ma vie…
J’ai eu la chance de partager ta vie pendant 15 ans 2 mois et 2 jours.
Une chance incroyable !

Ta maman qui t’aime à jamais 💖

3 mois
4 mois
Umma

9 commentaires

  1. C’est un texte bouleversant. Un bien bel hommage à ta chienne Umma🙏. Elle était magnifique. J’ai une chienne qui a 9 ans et demi, Malzenn (flocon de neige en breton). Elle donne tant d’affection. J’ai traversé des épreuves et elle était là, fidèle, toujours. Je n’ose imaginer la douleur que cela représentera de la perdre. On les oubliera pas c’est certain. Merci pour ce beau partage 🙂

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